Présentation

Mes auteurs favoris


Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski
Yukio Mishima
Albert Camus
Sorj Chalandon
Paul Auster
Luis Sepúlveda
Robert MerleHaruki MurakamiJean Giono
 Dino BuzzattiJ.R.R. Tolkien
Emile Zola

Mes lectures du moment

nuit de l'oracle    La nuit remue     Annees.jpg

                Meditation.jpg

 

      Graine de     Nabucco.jpgColline.jpg

Mes autres liens

Recherche

Dimanche 27 mai 2012 7 27 /05 /Mai /2012 13:44

hirondelles.jpg L-attentat.jpg Les-sirenes.jpg

 

Cette trilogie regroupe les trois ouvrages suivants: Les hirondelles de Kaboul, L'attentat et Les sirènes de Bagdad.

 

Les hirondelles de Kaboul

 

Premier volume de la trilogie consacrée au rapport entre l'orient et l'Occident, Les hirondelles de Kaboul tente, par le biais d'un jeune couple afghan et d'un gardien de prison de démêler la montée de l'islamisme.

Un livre tout en poésie qui traite pourtant de plusieurs sujets graves.

Les personnages sont, comme souvent avec Khadra, finement ciselés. On s'engouffre dans leurs tiraillements, leurs doutes, leurs colères et leurs interrogations.

 

Un hymne à la femme et à sa condition, mais également à la liberté, liberté entravée au nom d'une idéologie.

Dans cette Kaboul en ruine, Kadhra nous fait un inventaire des fantômes qui déambulent dans cette capitale afghane. Les plaies sont autant humaines que matérielles. Cette haine et cette violence quotidiennes marquent nos quatre héros dans leur chair.

 

Un livre poignant, un livre plein d'enseignement empreint de tolérance, de courage et d'amour.

 

Un livre et un auteur à découvrir.

 

L'attentat

 

Deuxième volet de la trilogie Orient-Occident.

 

Yasmina Khadra nous emmène ici dans un second foyer de l'islamisme, la Palestine.

 

Par l'entremise d'un médecin palestinien parfaitement intégré dans la société de Tel-Aviv, l'auteur mène l'enquête dans les réseaux terroristes dans les entrailles des territoires occupés.

L'investigation, qui est par ailleurs également une quête identitaire, va entraîner Amine au cœur de ses racines, de ses traditions, de l'Islam.

 

L'attentat est beaucoup plus violent que Les hirondelles de Kaboul tant au niveau physique que moral. Avec un sujet aussi engagé, l'auteur réussi le tour de force de ne pas juger, de laisser le libre arbitre au lecteur.

 

Comme pour Les hirondelles de Kaboul, les personnages sont travaillés, fignolés: Amine, homme tourmenté qui sombre dans un abîme identitaire dont il ne sortira pas vainqueur, ou encore tous ces personnages secondaires qui ne feront qu'accroître ses doutes, ses incertitudes. À force de chercher la vérité, Amine va plonger au plus profond de lui, sans véritablement comprendre les raisons.

 

Un livre tiré au cordeau qui se contente de décrire sans entrer en profondeur dans les réseaux et les explications complexes de ces conflits opaques.

 

Les Sirènes de Bagdad

 

Dernier volet de la trilogie

 

Yasmina Khadra nous fait voyager cette fois-ci aux confins du désert iraquien, dans une petite bourgade paisible où l'on débat politique le soir au café. Kafr Karam, loin de l'occupation américaine, loin du tapage de Bagdad, et pourtant un jour l'improbable arrive un soir. Un raid éclair des soldats américains va à jamais transformer la vie de notre jeune narrateur.

 

Certainement le livre le plus intimiste de cette trilogie, Les sirènes de Bagdad décrivent le lent cheminement d'un bédouin vers le terrorisme humain. Chute en douceur avec de perpétuelles remises en question, mais qui inexorablement doit l'entraîner vers cet acte final que le lecteur attend. Cette introspection nous mènera de Bagdad à Beyrouth, dans ces milieux terroristes où l'on forge les futurs martyrs de la Révolution islamiste, mais aussi dans ces lieux où l'on fourbi ses armes contre l'Occident.

 

Les sirènes de Bagdad est le seul ouvrage de la trilogie à parler directement de l'Occident, de sa politique vis-à-vis de l'Islam et de ses pratiquants, à dénoncer le clivage et le manque de compréhension des occidentaux à l'égard de l'Orient. On sent les tensions, le fossé au travers des chapitres qui se déroulent à Bagdad notamment.

 

Un roman où l'on prend le temps de la méditation, de la maturation, un peu comme le narrateur qui se recueille longuement avant de se décider.

 

Une fin lourde de menaces mais qui présager également une lueur d'espoir.

Par leslecturesdepasdel - Publié dans : Mes coups de coeur
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 24 mai 2012 4 24 /05 /Mai /2012 18:46

 

Vengeance volée-copie-2 Nous voici à l’aube d’une nouvelle série, Vengeance volée est un premier roman qui marque l’arrivée d’une nouvelle équipe de fins limiers. Hadrien Allonfleur, récemment promu capitaine des Cent-gardes, unité créée pour la protection de Napoléon et qui sera dissoute à la fin de l'Empire en 1870, et Amboise Martefon, pur élève de Vidocq, et ancien inspecteur de la Sûreté. Allonfleur est un personnage frivole, à l’image de son époque, qui se fie autant à son intuition qu’à « sa boîte à penser », mais qui n’hésite pas à payer de sa personne, surtout auprès de la gente féminine. Personnage extraverti, dilettante sûr de son charisme mais qui paradoxalement souffre d’un complexe relationnel avec les femmes. Martefon, l'ombre du capitaine, qui agit en sous-main, qui aime triturer les gens par ses interrogatoires serrés, qui n’a confiance que dans son réseau. Une véritable énigme à lui tout seul, autant Allonfleur aime être vu, aime briller, autant Martefon se complait dans les cuisines, dans les annexes des maisons bourgeoises…

 

Nos limiers nous entraînent dans le Paris du Second Empire.Nous sommes en 1863, Omnibus un peu plus de la moitié du règne de Napoléon III s’est écoulé, mais déjà l’Empire s’essouffle est connait des difficultés. L’enquête nous fait déambuler dans le Paris d'Haussmann, au rythme de l'omnibus, dans une  ville grouillante de monde, on s’attend à voir surgir un Emile Zola au coin de la rue, tant l’ambiance nous rappelle ces œuvres parisiennes. Quand l’omnibus est plein, la marche à pied reste encore le meilleur moyen de transport, tout est encore à quelques minutes de marche. Une visite fouillée, minutieuse entreprise sous la plume de l'auteur. C'est dans cette atmosphère que vivent les protagonistes du roman.

 

L’énigme avance, lente comme la Seine, dans les méandres des  Bourgeoisies parisiennes et dijonnaises. Direction la gare et les cris stridents du chemin de fer, c’est la ruée, la découverte d’un moyen de transport encore incertain, mais le déplacement est important…

 

En me renseignant sur le livre, l'idée récurrente était travail bien documenté, et j'appréhendais quelque peu la lecture, m'attendant à un pointillisme exacerbé. Que nenni! Le travail effectué en amont est bien présent dans l'œuvre (cf. scène de la morgue, chantier de l'Opéra, le voyage en train...) mais l'ensemble s'incorpore à l'ambiance, nous ne sommes pas ici dans un thriller à cent à l'heure de Tom Clancy, mais plutôt dans un Cadfael d'Ellis Peters voire un Sherlock Holmes, bref un policier qui se savoure.

cent-gardes.jpg

Pour un premier roman la maîtrise est intéressante et l’on se surprend à attendre la suite des aventures de tous ces joyeux vivants. Une auteure à découvrir.

 

 

Extraits :

« Les revenants n’égorgent pas. Loin de moi l’idée de remettre en cause la qualité de votre travail, mais le meurtrier s’est bel et bien introduit dans le Palais. » (Page 67)

 

« Les explosions que nous venions d’entendre étaient le claquement des pétards que les agents des chemins de fer posaient sur les rails avant des virages serrés ou à quelques kilomètres de l’arrivée en station, pour forcer le conducteur à freiner. » (Page 119)

 

« Combien de temps ton crâne résistera-t-il au traitement que tu lui imposes avant que tu ne commences à baver et que je t’envoie à Charenton ? Tu cherches à te tuer ? Continue, tu es sur la bonne voie. » (Pages 285-286)

 

 ********************

 

Entretien avec l’auteur Irène Chauvy


Les lecturesdepasdel : Pouvez-vous présenter en quelques mots :

Irène Chauvy : 58 ans, responsable d’un service administratif à l’université de Bourgogne. Domiciliée à Dijon, un mari, deux enfants.

 

LLP : Comment vous est venue l'idée d’écrire:

I.C : Si je le savais !!! J’ai commencé à écrire, il y a six ans lorsque j’ai quitté Versailles pour suivre mon mari à Dijon.

 

LLP : Pourquoi avoir choisi le Second Empire pour le déroulement de votre enquête :

I.C. : Le XIX siècle est une période qui me fascine : les femmes corsetées au propre et au figuré, le développement industriel, celui des transports, l’éclairage, ce désir forcené de s’enrichir, la Bourse, le Paris haussmannien, les découvertes sur l’aliénation mentale, la fête impériale, la Cour, la courtisanerie…

 

LLP : Le roman débute en 1863, sachant que l'Empire s'effondrera en septembre 1870, et que le corps des Cent-gardes sera dissous la même année, cela vous laisse donc très peu d'années pour d'autres aventures, n'est-ce pas une pression supplémentaire :

I.C. : Pas du tout. J’ai plein d’idées dans ma besace. À chaque épisode Allonfleur et Martefon voyagent en France : Dijon, Saint Malo, les Cévennes… Et j’ai d’autres idées de romans.

 

LLP : A la lecture de Vengeance volée, vous parlez d'une autre affaire résolue par Hadrien, est-ce à dire que vous envisagez la possibilité d'un roman antérieur à celui-ci :

I.C.: Il existe et sera édité (dixit monsieur Poitevin, directeur des Nouveaux Auteurs).

 

LLP : Il me semble avoir lu sur internet la mention d'un second roman, est-ce vrai, et si oui ou en êtes-vous :

I.C. : Actuellement, je suis en train de terminer le quatrième épisode des enquêtes d’Hadrien Allonfleur.

 

LLP : Comme je le mentionne dans ma critique, on parle d'un travail minutieux, quelle a été la part de temps consacrée à la recherche dans la genèse de votre livre :

I.C. : « Enorme » et un plaisir sans fin. Je peux passer des heures à rechercher la description de la livrée d’un domestique de la maison d’une des dames de l’impératrice ou quel temps il faisait le 3 décembre1863. Les journaux de l’époque sont une mine de renseignements, ainsi que la peinture, les journaux de mode, les souvenirs des contemporains de Napoléon III. Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF m’est également indispensable.

J’ai besoin de m’approprier cette époque, puis je ferme les yeux et j’imagine. Quand Hadrien Allonfleur se noie, je me noie avec. Quand j’étrangle une victime, je m’étrangle moi-même… enfin je simule, mais ce n’est pas du goût de mon mari !

 

LLP : Votre ouvrage comprend des notes relatives à certains mots de vocabulaire tels que incunable, guilledou ou encore vrillettes, chose relativement rare dans un roman, est-ce un choix délibéré de votre part, ou une volonté de l'éditeur.

I.C. : C’est de mon fait, suite aux remarques de mon entourage ou d’inconnus ayant lu mon manuscrit. Je ne souhaite pas que mes lecteurs soient contraints de se reporter au dictionnaire. Mais en aucune sorte, je ne méconnais la culture de mes lecteurs. Il n’y a aucune condescendance de ma part : moi-même, il m’arrive de vérifier la signification exacte des mots que j’emploie.

 

LLP : Sans dévoiler l'intrigue, comment décririez-vous vos personnages :

I.C. : humains, bien trop humains. Hadrien a échappé au carnage de Solferino. De nos jours, nous dirions qu’il souffre du syndrome du survivant. C’est un dilettante de la vie. Il ne sait pas trop ce qu’il peut en attendre et fait la part belle à son intuition. Martefon est censé lui apprendre les rudiments nécessaires à la résolution de toute enquête bien menée (porte-à-porte, informateurs, interrogatoires), mais il est rapidement séduit par la personnalité d’Hadrien. Et revit, qui sait, à travers lui sa propre jeunesse. Quant à la concierge, madame Virla, c’est le mouvement, le bon sens de la rue.

L’humour est présent tout au long du livre. Ce n’est pas un simple artifice. Une ironie bienveillante peut voiler un tourment, souffrance, respecter une pudeur ou permettre à une amitié de se nouer (notamment entre Martefon et Allonfleur). Au fil des saisons, les personnages vont évoluer, vieillir ou « maturer »… la vie tout naturellement.

LLP : On pense assez souvent à Zola (même s'il est postérieur à la période) à la lecture de la vie parisienne, vous êtes-vous inspirée de cet auteur ou d'un autre auteur du XIXe siècle :

I.C. : Ah ! là ! là ! Bien entendu, j’ai eu ma période Zola, Mais depuis que j’écris, je me refuse à le relire ; j’ai si peur de le plagier malgré moi. Mais, j’apprécie Dickens, Eugene Sue, Édith Wharton, Henri James, Gaboriau… et Proust l’inimitable et Haruki Murakami et Russel Banks et Donna Leon et Janet Evanovitch…et bien d’autres Je ne suis que la somme de toutes mes lectures.

 

LLP : espérez-vous vivre un jour de votre plume ?

I.C. : Vivre de ma plume : Ah! Certainement pas ! Ou du moins en rêve...

 

Je remercie Mme Irène Chauvin d'avoir consacré un peu de son temps libre pour réaliser cet entretien.

Par leslecturesdepasdel - Publié dans : Mes coups de coeur
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 18 mai 2012 5 18 /05 /Mai /2012 19:22

Un-de-beaumugnes.jpg Un de Beaumugnes, c'est pour moi un douloureux souvenir scolaire, réminiscence de ces lectures forcées qui vous laissent le plus souvent un souvenir amer,  âcre( et d’après les échanges effectués avec d’autres babeliotes, je ne suis pas le seul dans ce cas). Comme je l'ai déjà dit dans une précédente critique sur Giono, cette lecture m'aurait occulté l'œuvre de Giono s'il n'y avait pas eu cette rencontre fortuite.

J'ai donc profité de cette découverte pour relire Un de Beaumugnes, et je peux dire sans vergogne, que j'ai découvert un autre livre, bien différent de celui que j'avais ânonné il y a plusieurs années. J'en profite pour dire que Giono n'est pas un auteur pour jeunes collégiens. Fin de mon soliloque.

Un de Beaumugnes est un cours roman dans la lignée des œuvres de Giono, on y découvre au travers des mots de l'auteur les thèmes qui lui sont chers à savoir la terre, l'amitié, la générosité humaine, les bienfaits de la nature...

Giono nous convie à la rencontre de deux saisonniers, Amédée, le narrateur et Albin. De cette rencontre va naître une amitié, sans faille et généreuse comme la terre de la Marigrate.

Un de Beaumugnes c'est aussi une histoire d'un amour impossible, une chanson regorgeant de sentiment et là où les mots ne suffisent plus, il y a la musique. Cette musique qui vous parle, vous prend  et vous transporte, la musique jouée avec le cœur sans l'intervention perfide des mots.

Comme cette terre de Provence, Giono peut sembler difficile d'accès, indomptable, sauvage, mais une fois maîtrisé, le texte, la poésie s'offre à vous. C'est l'odeur du blé coupé, le ressac de la Durance, le grondement de l'orage, le bruit du vent dans les tilleuls, c'est enfin l'amour clair entre Albin et Angèle qui bouillonne dans vos tempes.

Pour finir, je réitère mes remerciements à une babeliote qui m'a permis en partie cette redécouverte.

 

Extraits :  « Après boire, l’homme qui regarde la table et qui soupire, c’est qu’il va parler. Surtout de ces hommes qui sont seuls dans le monde, seuls sur leurs jambes avec un grand vide autour, tout rond ; enfin, un de notre bande, un de ceux qui se louent dans les fermes, à la moisson, ou à peu près.

Cette fois, j’étais de la louée des foulaisons à Marigrate, un gros ménage sur les bords de Durance, une campagne avec des blés à perte de vue, des bois chasseurs, des vignes, tout le tremblement. Un gros ménage, quoi. »

 

« Et puis, ce qui plumait mon espoir comme un pigeon c’est que la Douloire, c’était toujours la Douloire d’avant. D’évidence, il n’y avait pas la place pour d’autre vie que celle du Clarius, de Saturnin, de maman Philomène et de moi. On ne sentait pas la respiration d’autres gens, par là. Il n’y avait que le pas de ces quatre dans les murs ; il n’y avait pas d’autre voix que les nôtres. Je pensais bien de temps en temps à ce gémir de marmouset qu’il m’avait semblé entendre de nuit. Mais quel rapport ça avait ? Il ne restait qu’une chose : la tasse bleue, avec son fond de café au lait, et le quignon de pain sur la soucoupe. Mais, même pour ça, la tasse n’avait plus bougé de son étagère et elle était là, propre depuis. »

 

« Ces deux-là, ç’aurait été péché de ne pas faire ce qu’on avait fait. Maintenant qu’ils étaient enfin réunis, ça avait éclaté tout d’un coup, à la façon d’un feu qui couve longtemps, puis se jette tout allongé vers le ciel.

C’était plus de l’amour, c’était de la rage !

Entendez-moi : je ne veux pas dire qu’ils faisaient ça à la “bal de village” avec des baisers comme des gifles et des “mon gros poulot” à vous mettre la plante des pieds en chair de poule. Non, c’était calme et solide comme un beau matin ; on entendait venir par-derrière tout un long charroi de lumières. Remarquez que je ne les voyais même pas, mais ça, ils devaient le souffler dans l’air autour d’eux, avec leur respiration. »

 

Le livre a été librement adapté au cinéma par Marcel Pagnol sous le titre Angèle en 1934. Cliquez sur les images pour les agrandir:

Angèle  Angele-3.jpg  Angele-2.jpg  Angele-5.jpg  Angele-4.jpg

Par leslecturesdepasdel - Publié dans : Mes coups de coeur
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 15 mai 2012 2 15 /05 /Mai /2012 20:44

L-esprit-de.jpg Ce livre, par la force des choses, a pris une valeur testamentaire, puisque l’auteur l’a terminé un peu avant sa mort. Qui plus est, le personnage central est un spectre, revenant sur terre.

Un livre où, comme souvent dans l’œuvre de Raùl Ruiz, réel et irréel se confondent. Où la question de la spectralité est abordée. Cette question est présente également dans l’œuvre cinématographique de l’auteur, d’ailleurs le lien entre cinéma et littérature est représenté ici par les scènes avec le photographe qui cherche à « immortaliser » ces fantômes.

Autre thème majeur commun avec le cinéma  abordé dans le roman, la recherche de la définition du spectre. Quête entamée par ses spiritistes de Paris qui se réunissent pour converser avec le héros par l’intermédiaire d’un ouija. Le débat se poursuit au travers des rencontres et des idées présentées tour à tour (Schopenhauer, Freud). Le but étant de différencier le spectre et l’être vivant, ce à quoi tente de répondre de manière plus ou moins subjective Flanders.

La lecture est plutôt difficile d’accès, notamment par ses passages fréquents entre réels et irréels, par les différentes mises en abyme du personnage central, ainsi que par les vagabondages et les inventions de Flanders au sujet de sa vie. Le lecteur se retrouve assez vite perdu, sans repère entre les différentes veillées, et ne sort de son errance que par les appels des spiritistes « esprit es-tu là ? ». Et là, parfois, le lecteur a bien envie de dire non.

ouija.jpg

 

Extraits : « – Ya-t-il une mort après la mort ?

– Vous n’allez pas me croire : cette blague est assez courante au royaume des ombres.

– Et y a-t-il une vie après le cycle vital de tant de vies et de morts ? Et surtout, y a-t-il des maladies, des défaillances, des convalescences ?

– Je vous l’ai déjà dit.

Et il a ri.

– Mais, je me fatigue, madame. Ça existe, l’épuisement, même chez nous…

– On arrêtera la séance pour aujourd’hui.

 

Huit des quatorze témoins de l’expérience se hâtent de partir. Ils descendent l’escalier. Ils parlent à haute voix. Ils rient d’un rire gras, funèbre. Les six autres restent un moment. Ils boivent à petites gorgées un verre de cognac, puis ils quittent les lieux, descendent en silence, dans un silence épais, chargé d’une lourdeur acide, givrée (ces mots ne sont pas de moi). Tous ces déplacements, dispersés par les courants d’air, ne peuvent que réveiller l’esprit de l’escalier. Moi, je reste.

Mais de quel moi parle-t-on ?

« Moi », je veux dire « le Belge ». Moi, « le Belge ». Moi, moi je reste, et je songe au temps jadis. »

 

« Comment fait-il pour savoir que je suis ici ? Comment peut-il le savoir puisque moi-même je ne suis pas sûr de m’y trouver ? Il est temps qu’on le sache : j’ai le plus grand mal à m’accommoder de ces tourbillons centripètes, de ces apnées visqueuses qui m’entourent et que j’appelle, faute de mieux, « mon petit coin à moi ». Rien de moins probable, d’ailleurs, que cette façon de parler : point de coin, point de chez-moi. Tout ça n’est que paysage indistinct. Autant dire « montagne », ou « mer lointaine », « grisaille parisienne », ou bien parler d’un brouillard enveloppant tout d’une bruine éternelle. « Éternelle » ? Non, pas davantage. Qu’on se le dise : ici, rien d’éternel. Dans cette épaisseur gluante, on se débrouille comme on peut, entre l’affreux frémissement de la foule éphémère de ces « presque âmes » et la sécheresse emphatique des errants. Ah Seigneur ! Et puis, je me perds dans les palabres qui meublent l’outre-tombe. Cet outre-tombe-ci, j’entends. Parce qu’il y en a d’autres. Je ne les ai pas encore affrontés, mais je sens leur présence. Au fond, tout ça n’est que du mauvais temps. Et de toute cette brocante, de ces outils cassés, qu’est-ce qu’on peut faire ? Plonger dans l’antique, c’est tout ! Un métier d’avenir (oui, mes amis, l’avenir, en revanche, ça existe, il n’y a même que ça !). »

Par leslecturesdepasdel - Publié dans : Lecture
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 14 mai 2012 1 14 /05 /Mai /2012 21:42

Elan-noir-parle.jpg

Ce livre a été publié pour la première fois en 1932, mais neDick cavett reçut qu’un accueil réservé. Il fut réédité en 1961, ou cette fois-ci, il  obtint un écho favorable auprès de la jeunesse américaine, mais son véritable succès arriva en 1971 suite à l’interview de John G. Neihardt dans le cadre du Dick Cavett Show.                                

 

 Le livre retrace la rencontre entre l’auteur et Elan-Noir, un medecine-man de la tribu des Oglalas (une des branches des Lakotas, que nous appelons les Sioux). Dans cet entretien, le sage indien raconte sans parti pris, mais avec sa logique et sa vision, la prise des territoires Lakotas par les Wasichous (l’homme blanc, autre que l’indien). Il s’organise grosso-modo en deux parties : la première s'articule autour des grands chefs de guerre et plus particulièrement Crazy Horse et va de la bataille de « A hundred slain » (1865) à la mort de ce dernier en 1877. Après un interlude au Canada, la seconde partie se recentre sur BlackElk et sa vision sacrée pour finir sur ce rêve brisée.

Black-elk.jpg

Elan-Noir, raconte sa vie et celle de son peuple, nous enseignant la vision lakota du monde et les raisons de sa défaite. Au prix, de sacrifice, il nous offre sa vision sacrée : « (…) je sais que j’ai abandonné mon pouvoir quand j’ai donné ma vision et peut-être ne vivrai-je plus longtemps maintenant. Mais je crois que j’ai bien fait en sauvant la vision par ce moyen, même si je dois mourir plus tôt à cause de cela. » (Page 213)

 

Une vision bien différente des combats indiens-tuniques bleues, qui sans cacher la cruauté des combats des deux camps, nous donne un aperçu avec une autre vision, une autre logique : « Ils (les blancs) nous disaient qu'ils ne voulaient utiliser que peu de terrain, à peine la place qu'un wagon tient entre ses roues. Mais notre peuple voyait venir. Et quand vous regardez autour de vous maintenant, vous voyez ce qu'ils voulaient. (Page 23) » Ou bien encore un peu plus loin : « Pendant tout ce temps nous étions dans notre propre pays, et nous ne demandions qu'à être tranquilles. Les soldats sont venus là pour nous tuer, et beaucoup ont été anéantis. C'était notre pays et nous ne voulions pas d'ennuis. (Page 113) »

Custer.jpg                                                 Crazy-horse.jpg

    Général Custer                                                       Crazy Horse

 

« Vous aurez remarqué que tout ce qu’un indien fait est dans un cercle, et c’est parce que le Pouvoir di Monde opère toujours en cercles, et tout essaie d’être rond. Dans les vieux temps, lorsque nous étions un peuple heureux et fort, tout notre pouvoir nous est venu du cercle sacré de la nation, et aussi longtemps que le cercle est demeuré intact, le peuple a prospéré. Cercle-sioux.jpg L’arbre florissant vivait au centre du cercle, et le cercle aux quatre quartiers le nourrissait. L’est donnait paix et lumière, le sud donnait la chaleur, l’ouest donnait la pluie, et le nord avec sa froidure et son vent puissant donnait la force et l’endurance. Cette connaissance nous est venue de l’autre monde en même temps que notre religion. Tout ce que fait le Pouvoir du Monde est en forme de cercle. Le ciel est rond et j’ai entendu dire que la Terre est ronde comme une balle, et ainsi sont toutes les étoiles. Le vent dans sa plus grande puissance tourbillonne. Les oiseaux font leurs nids en rond, car leur religion est la même que la nôtre. Le soleil se lève et redescend en faisant un cercle. La lune fait de même et ils sont rond l’un et l’autre. Même les saisons, dans leur changement, forment un grand cercle et reviennent toujours à la place où elles étaient. La vie de l’Homme  est un cercle d’enfance à enfance, et ainsi en est-il de toute chose qui est mise en mouvement par le Pouvoir. Nos tentes étaient rondes comme les nids des oiseaux, et elles étaient toujours disposées en cercle, le cercle de la nation, nid fait de nombreux nids, où nous couvions nos enfants selon la volonté du Grand Esprit. » (Pages 201-202)

 

 

 

Après le récit du mouvement messianique et le massacre deWounded Knee, le livre s’achève sur une dernière prière  « Hey-a-a-hey ! Hey-a-a-hey ! Hey-a-a-hey ! Hey-a-a-hey ! Grand-Père, Grand Esprit, regarde-moi, moi qui suis sur la terre, et penche toi pour entendre ma faible voix », un dernier appel pour la survie de son peuple. Un récit qui date des années trente, mais où le medecine-man sentait le déclin de son peuple. Un constat que la situation actuelle d’une grande partie des indiens ne fait que confirmer : les fléaux apportés par les Wasichous n’ont pas fini de ruiner les nations indiennes.

Hetchetu alon !

 

          Little-big-man.jpg                        Big foot  

             Litle Big Man                                                Big Foot                                       

 

                                          Sitting bull

                                                         Sitting Bull

 

 

        Red-cloud.jpg                         Littlehorse.jpg

             Red cloud                                                            Littlehorse

Par leslecturesdepasdel - Publié dans : Mes coups de coeur
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés