Nous voici à
l’aube d’une nouvelle série, Vengeance volée est un premier roman qui marque l’arrivée d’une nouvelle équipe de fins
limiers. Hadrien Allonfleur, récemment promu capitaine des Cent-gardes, unité créée pour la protection de Napoléon et qui sera dissoute à la fin de l'Empire en 1870, et Amboise Martefon, pur
élève de Vidocq, et ancien inspecteur de la Sûreté. Allonfleur est un personnage frivole, à l’image de son époque, qui se fie autant à son intuition qu’à « sa boîte à penser », mais qui
n’hésite pas à payer de sa personne, surtout auprès de la gente féminine. Personnage extraverti, dilettante sûr de son charisme mais qui paradoxalement souffre d’un complexe relationnel avec les
femmes. Martefon, l'ombre du capitaine, qui agit en sous-main, qui aime triturer les gens par ses interrogatoires serrés, qui n’a confiance que dans son réseau. Une véritable énigme à lui tout
seul, autant Allonfleur aime être vu, aime briller, autant Martefon se complait dans les cuisines, dans les annexes des maisons bourgeoises…
Nos limiers nous entraînent dans le Paris du Second Empire.Nous sommes en 1863,
un peu plus de la moitié du règne de Napoléon III s’est écoulé, mais déjà l’Empire s’essouffle est connait des difficultés. L’enquête nous fait déambuler dans
le Paris d'Haussmann, au rythme de l'omnibus, dans une ville grouillante de monde, on s’attend à voir surgir un Emile Zola au coin de la rue, tant l’ambiance nous rappelle ces œuvres
parisiennes. Quand l’omnibus est plein, la marche à pied reste encore le meilleur moyen de transport, tout est encore à quelques minutes de marche. Une visite fouillée, minutieuse entreprise sous
la plume de l'auteur. C'est dans cette atmosphère que vivent les protagonistes du roman.
L’énigme avance, lente comme la Seine, dans les méandres des Bourgeoisies parisiennes et dijonnaises. Direction la gare et les cris stridents du chemin de
fer, c’est la ruée, la découverte d’un moyen de transport encore incertain, mais le déplacement est important…
En me renseignant sur le livre, l'idée récurrente était travail bien documenté, et j'appréhendais quelque peu la lecture, m'attendant à un pointillisme exacerbé.
Que nenni! Le travail effectué en amont est bien présent dans l'œuvre (cf. scène de la morgue, chantier de l'Opéra, le voyage en train...) mais l'ensemble s'incorpore à l'ambiance, nous ne sommes
pas ici dans un thriller à cent à l'heure de Tom Clancy, mais plutôt dans un Cadfael d'Ellis Peters voire un Sherlock Holmes, bref un policier qui se savoure.
Pour un premier roman la maîtrise est intéressante et l’on se surprend à attendre la suite des aventures de tous ces joyeux vivants. Une auteure à découvrir.
Extraits :
« Les revenants n’égorgent pas. Loin de moi l’idée de remettre en cause la qualité de votre travail, mais le meurtrier s’est bel et bien introduit
dans le Palais. » (Page 67)
« Les explosions que nous venions d’entendre étaient le claquement des pétards que les agents des chemins de fer posaient sur les rails avant des
virages serrés ou à quelques kilomètres de l’arrivée en station, pour forcer le conducteur à freiner. » (Page 119)
« Combien de temps ton crâne résistera-t-il au traitement que tu lui imposes avant que tu ne commences à baver et que je t’envoie à
Charenton ? Tu cherches à te tuer ? Continue, tu es sur la bonne voie. » (Pages 285-286)
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Entretien avec l’auteur Irène Chauvy
Les lecturesdepasdel : Pouvez-vous présenter en quelques mots :
Irène Chauvy : 58 ans, responsable d’un service administratif à l’université
de Bourgogne. Domiciliée à Dijon, un mari, deux enfants.
LLP : Comment vous est venue l'idée d’écrire:
I.C : Si je le savais !!! J’ai commencé à écrire, il y a six ans lorsque j’ai
quitté Versailles pour suivre mon mari à Dijon.
LLP : Pourquoi avoir choisi le Second Empire pour le déroulement de votre
enquête :
I.C. : Le XIX siècle est une période qui me fascine : les femmes corsetées au
propre et au figuré, le développement industriel, celui des transports, l’éclairage, ce désir forcené de s’enrichir, la Bourse, le Paris haussmannien, les découvertes sur l’aliénation mentale, la
fête impériale, la Cour, la courtisanerie…
LLP : Le roman débute en 1863, sachant que l'Empire s'effondrera en septembre
1870, et que le corps des Cent-gardes sera dissous la même année, cela vous laisse donc très peu d'années pour d'autres aventures, n'est-ce pas une pression supplémentaire :
I.C. : Pas du tout. J’ai plein d’idées dans ma besace. À chaque épisode
Allonfleur et Martefon voyagent en France : Dijon, Saint Malo, les Cévennes… Et j’ai d’autres idées de romans.
LLP : A la lecture de Vengeance volée, vous parlez d'une autre affaire
résolue par Hadrien, est-ce à dire que vous envisagez la possibilité d'un roman antérieur à celui-ci :
I.C.: Il existe et sera édité (dixit monsieur Poitevin, directeur des Nouveaux
Auteurs).
LLP : Il me semble avoir lu sur internet la mention d'un second roman, est-ce
vrai, et si oui ou en êtes-vous :
I.C. : Actuellement, je suis en train de terminer le quatrième épisode des
enquêtes d’Hadrien Allonfleur.
LLP : Comme je le mentionne dans ma critique, on parle d'un travail
minutieux, quelle a été la part de temps consacrée à la recherche dans la genèse de votre livre :
I.C. : « Enorme » et un plaisir sans fin. Je peux passer des heures à
rechercher la description de la livrée d’un domestique de la maison d’une des dames de l’impératrice ou quel temps il faisait le 3 décembre1863. Les journaux de l’époque sont une mine de
renseignements, ainsi que la peinture, les journaux de mode, les souvenirs des contemporains de Napoléon III. Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF m’est également indispensable.
J’ai besoin de m’approprier cette époque, puis je ferme les yeux et j’imagine. Quand Hadrien Allonfleur se noie, je me noie avec. Quand j’étrangle
une victime, je m’étrangle moi-même… enfin je simule, mais ce n’est pas du goût de mon mari !
LLP : Votre ouvrage comprend des notes relatives à certains mots de
vocabulaire tels que incunable, guilledou ou encore vrillettes, chose relativement rare dans un roman, est-ce un choix délibéré de votre part, ou une volonté de l'éditeur.
I.C. : C’est de mon fait, suite aux remarques de mon entourage ou d’inconnus
ayant lu mon manuscrit. Je ne souhaite pas que mes lecteurs soient contraints de se reporter au dictionnaire. Mais en aucune sorte, je ne méconnais la culture de mes lecteurs. Il n’y a aucune
condescendance de ma part : moi-même, il m’arrive de vérifier la signification exacte des mots que j’emploie.
LLP : Sans dévoiler l'intrigue, comment décririez-vous vos personnages
:
I.C. : humains, bien trop humains. Hadrien a échappé au carnage de Solferino.
De nos jours, nous dirions qu’il souffre du syndrome du survivant. C’est un dilettante de la vie. Il ne sait pas trop ce qu’il peut en attendre et fait la part belle à son intuition. Martefon est
censé lui apprendre les rudiments nécessaires à la résolution de toute enquête bien menée (porte-à-porte, informateurs, interrogatoires), mais il est rapidement séduit par la personnalité
d’Hadrien. Et revit, qui sait, à travers lui sa propre jeunesse. Quant à la concierge, madame Virla, c’est le mouvement, le bon sens de la rue.
L’humour est présent tout au long du livre. Ce n’est pas un simple artifice. Une ironie bienveillante peut voiler un tourment, souffrance, respecter
une pudeur ou permettre à une amitié de se nouer (notamment entre Martefon et Allonfleur). Au fil des saisons, les personnages vont évoluer, vieillir ou « maturer »… la vie tout
naturellement.
LLP : On pense assez souvent à Zola (même s'il est postérieur à la période) à
la lecture de la vie parisienne, vous êtes-vous inspirée de cet auteur ou d'un autre auteur du XIXe siècle :
I.C. : Ah ! là ! là ! Bien entendu, j’ai eu ma période Zola, Mais depuis que
j’écris, je me refuse à le relire ; j’ai si peur de le plagier malgré moi. Mais, j’apprécie Dickens, Eugene Sue, Édith Wharton, Henri James, Gaboriau… et Proust l’inimitable et Haruki Murakami et
Russel Banks et Donna Leon et Janet Evanovitch…et bien d’autres Je ne suis que la somme de toutes mes lectures.
LLP : espérez-vous vivre un jour de votre plume ?
I.C. : Vivre de ma plume : Ah! Certainement pas ! Ou du moins en
rêve...
Je remercie Mme Irène Chauvin d'avoir consacré un peu de son temps libre pour réaliser cet
entretien.