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 Les lectures de pasdel

Les lectures de pasdel

Mes lectures, mes coups de coeur, mes humeurs... voici ce que vous retrouverez dans mon blog.


Kaddish pour l'enfant qui ne naitra pas

Publié par leslecturesdepasdel sur 13 Août 2013, 20:04pm

Catégories : #Lecture

D'Imre Kertèsz

Editions Actes Sud, 157 pages

Traduction de Natalia Zaremba-Huzsvai et Charles Zaremba

 

 

 

http://images.empreintesduweb.com/vignette/1376417205.jpg

 

 

  « Cette nuit n’était que le premier coup de pelle à la tombe que je me creuse ». Ambiance d’abandon, de destruction, de mutilation de soi viennent plomber cette prière. Prière car le kaddish est une sanctification, une prière dont le plus connu est le kaddish des endeuillés. Endeuillés puisque c’est à la personne touchée par le malheur, le désarroi qu’il incombe de glorifier, d’annoncer le rôle, l’intention divine.

 

 

 

  Le narrateur, survivant d’Auschwitz, prononce le kaddish pour l’enfant qui ne naitra pas comme une sorte de long monologue de sa conscience, une logorrhée sur la négation, ou plutôt les négations, car elles sont plurielles. Un non de la révolte et de tout ce qui l’entoure, mais aussi un non de la paternité, comment (peut-on) faire « naitre un enfant dans un monde qui a engendré Auschwitz ».


  Le livre se répète de nombreuses fois, usant de redondance et d’ironie incisive, voire cruelle. Ressassement ponctué de digressions et de juxtaposition d’idées entrainant le lecteur dans un labyrinthe tortueux et complexe, dans les méandres de la pensée et de la souffrance. Une lecture ardue qui débouche sur un texte dur, âpre, pouvant parfois paraitre blessant. Le lecteur est embarqué dans cette tourmente, cette quête de survivance, de judéité qui devient, non pas obsessionnelle mais terrifiante pour le narrateur lorsqu’enfant cette religion  prendra pour lui la forme d’  « une femme chauve en robe de chambre rouge assise devant son miroir ». Le narrateur ne trouvera jamais la paix dans cet apprentissage de la vie, dans son couple. Il semble n’être jamais revenu de ce camp d’Auschwitz, ne s’en être jamais échappé, cela lui semble impossible.

 Un texte d’un optimisme tragique, où comme souvent chez Kertèsz romanesque et vécu s’entremêlent, où le narrateur s’interroge sur cette survivance, faut-il vivre ou écrire, sur la judéité et sur la nature humaine, sombrant de plus en plus.

 


 http://images.empreintesduweb.com/vignette/1376417805.jpg « Parfois, comme une martre pelée qui aurait survécu à la grande extermination, je traverse encore la ville. A certains bruits, certaines images, je dresse l’oreille comme si mes sens engourdis et encroûtés étaient agressés par l’odeur des bribes de souvenirs. A côté de certaines maisons, à certains coins de rue, je m’arrête, terrifié, les narines dilatées, je scrute les alentours d’un œil effrayé, je veux m’enfuir mais quelque chose me retient. Sous mes pieds bouillonnent les égouts, comme si le torrent sale de mes souvenirs voulait sortir de son lit pour m’engloutir. Qu’il en soit ainsi ; je suis prêt. Dans un dernier grand résumé j’ai montré ma vie faillible, opiniâtre – je l’ai montrée pour ensuite, portant le baluchon de cette vie dans mes deux mains tendues, m’en aller et, comme dans l’eau noire et tempétueuse d’un torrent,

 

 sombrer,

 mon Dieu !

 faites que je sombre

 pour l’éternité,

                                                              

        Amen. » (Page 157)

         

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