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 Les lectures de pasdel

Les lectures de pasdel

Mes lectures, mes coups de coeur, mes humeurs... voici ce que vous retrouverez dans mon blog.


Soudain l'été dernier

Publié par leslecturesdepasdel sur 6 Octobre 2013, 08:11am

Catégories : #Etats-Unis

Suddenly last summer/ The Milk train doesn't stop anymore

De Tennessee Williams

Traduction de Jacques Guicharnaud et Michel Arnaud

Editions 10/18, 251 pages

 

 Tennessee Williams jongle avec ses personnages, exhumant les parias, les laissés-pour-compte, les réprouvés, les affligés de leur pénombre. Soudain l'été dernier et Le train de l'aube ne s'arrête plus ici ne dérogent pas à cette habitude. Tour à tour fragiles et sûr d'eux, souvent aux franges de la folie, ces créatures torturées ne semblent jamais être en mesure d'affirmer leur condition, leur sentiment.

     Dans Soudain l'été dernier, Williams manipule ses héros, leur infligeant une confrontation violente, destructive dont l'issue a pour but de révéler la vérité dans toute son atrocité, dans sa démesure. Dans cette maison coloniale de Nouvelle-Orléans, aux abords d'un jardin édénique, deux femmes que tout semble opposer, Catherine et Mrs Venable vont se déchirer autour d'un homme, Sébastian Venable, mort dans des conditions mystérieuses dans la cité balnéaire au nom prédestinée Cabeza de Lobo. Prédestinée car il s'agit bien ici de chasse, où chacun sera proie et prédateur. Où la violence sera meurtrière comme cette vision cauchemardesque de Sébastian.

 

« La plage étroite, couleur de caviar, grouillait tout entière ! Mais le ciel lui aussi grouillait…
Et la plage tout entière était vivante, tout entière – vivante ! avec les jeunes tortues qui se précipitaient vers la mer, tandis que les oiseaux planaient au-dessus d'elles, attaquaient en piqué, remontaient planer, puis attaquaient en piqué. Ils s'abattaient sur les jeunes tortues, les retournaient, exposaient leur ventre tendre, crevaient ce ventre à coup de bec, déchiquetaient et dévoraient la chair » (pages 16- 17).

 

    Sébastian personnage évanescent, presqu'irréel, qui apparait au lecteur comme le fruit des imaginations torturées de sa mère et de sa cousine, mais dont l'existence se révèle peu à peu comme dans une enquête policière menée de main de maitre par le docteur Coukrowicz. Coukrowicz et Sébastian deux personnages identiques à la fois Dieu et manipulateur, jouant des êtres et de leur vie, usant de leur charme pour obtenir ce qu'ils désirent ardemment : l'argent pour ses travaux sur la lobotomie pour le docteur, l'attrait féminin pour attiser  sa « faim de blonds ».


     C'est une œuvre onirique et fantastique en dépit de la noirceur du sujet : la phagocytose de l'individu par son semblable. Le thème est traité de manière à la fois symbolique et réaliste puisque le héros, Sébastien, parachève son autodestruction dans la scène finale. La mère, Mrs Venable, n'est pas sans rappeler celui d'une prêtresse, capable d'exiger les sacrifices les plus incroyables pour que rien ne vienne troubler son monde.

 

     La pièce devint, grâce à Joseph Mankiewicz, un grand film, interprété par Katherine Hepburn, Montgomery Clift et Elizabeth Taylor, qui retrouvait «la sauvagerie excessive» de ce rituel de la cruauté, malgré la représentation controversée et négative de l'homosexualité, même s'il ne faut pas oublier que le film bien que tourné à l'étranger était soumis à la rigidité du code Hays.

 

     Dans Le train de l'aube ne s'arrête plus ici, on navigue également dans ce monde teinté de folie, dans cette vision spécifique de la réalité. Mrs Goforth, une vieille aristocrate, se retrouve face à sa solitude dans sa forteresse italienne. Elle voit arriver un étranger, Chris qui lui fera prendre conscience de ce délaissement, de ses désillusions. Dans un dernier face à face, elle tentera de séduire le poète.

 

Une pièce qualifiée de difficilement jouable du fait notamment des nombreuses didascalies qui laisseraient peu de place à une libre interprétation, cette pièce semble moins « humaine » que la première, la confrontation semblant perdre de son intensité au profit du jeu scénique.

 

     Ces deux pièces sont empreintes de la tumultueuse vie de Tennessee Williams. On ne peut s'empêcher de penser, dans un premier temps, à sa sœur Rose, enfermée dans un sanatorium puis soumise à une lobotomie en 1943 pendant son absence. Puis d'autres thèmes chers à l'auteur tel que la solitude et l'homosexualité, la vénération de la beauté masculine, l'attirance pour les déboussolés, les marginaux.

Le mot de la fin revient à Tennessee Williams : "Je suis incapable d'écrire la moindre histoire, si je n'y introduis pas au moins un personnage pour qui j'éprouve un désir physique"

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Commenter cet article

La Nostalgie heureuse de Amélie Nothomb 29/10/2013 06:53


Autant dire que celui-ci est une bonne littérature dont j'aimerai absolument découvrir.

leslecturesdepasdel 29/10/2013 06:55



excellent choix en effet!



le Bison 13/10/2013 19:55


Je ne crois pas avoir vu le film... Mais lire l'histoire m'attire bien maintenant. En fait, je n'ai lu qu'un roman de Tennessee (que j'ai adoré), mais du vieux Williams sur la fin de sa carrière
et de sa vie. j'en garde un grand souvenir, alors il serait temps aussi que je découvre autre chose.

argali 06/10/2013 17:25


Je me souviens d'avoir vu le film, il y a une dizaine d'années. Je devrais lire le livre pour avoir une vision complète de l'oeuvre.

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